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jeudi 23 juin 2022

Les nymphaeas...

 "Je cherchais le médicament qui guérirait mes blessures.

Je pris une profonde inspiration.
Et j'ai senti la médecine du soleil caresser mon visage.
Et j'ai senti la médecine du vent embrasser la peau de mon âme.
Et j'ai senti la médecine de l'eau rendre mes yeux cristallins.
Et j'ai senti la Vie elle-même couler dans mes veines.
Comment ne pas t'aimer, Mère Terre, si même avec toutes mes peurs et mes blessures, tu n'arrêtes jamais de me remplir de ta Médecine de l'amour inconditionnel."
Ada Luz Marquez


Lever du jour au-dessus de la mare


Le jour se lève au-dessus de la mare.
J'entends les grenouilles, le merle et les clameurs de la forêt proche.


Un agrion mignon s'est posé sur la tige d'un lotus.


Charme du nymphaea Black Princess



La délicatesse du nymphaea fushia pompom



La luminosité du nymphaea Razzberry


Une grenouille contemple le nymphaea Joey Tomocik



Une autre sur une feuille de nymphaea Sunfire


A l'assaut de la fleur...



Et une autre grenouille perchée parmi les pétales...

mardi 7 juin 2022

Ressources sauvages

 La nature, trésor inépuisable des couleurs et des sons, des formes et des rythmes, modèle inégalé de développement total et de variation perpétuelle, la nature est la suprême ressource. ~ Olivier Messiaen




Il n’y a pas de ressources sans projet m’a-t-on dit! Ce que je veux bien croire. Mais si la ressource est sauvage, le projet devrait l’être aussi sous peine de la dénaturer. Or le projet, c’est l’homme; et qui pourrait se vanter aujourd’hui d’être sauvage? Y eut-il jamais sur Terre un homme sauvage? Disons que la Nature, quand elle n’a pas encore été altérée par la Culture, peut paraître sauvage… Mais un homme sans culture, c’est quoi ? Pour tailler des silex, il fallait déjà en avoir assez! Et que dire des bisons de Lascaux ou d’Altamira?


Faire l’inventaire des ressources sauvages reste donc une aventure hasardeuse! Il faudrait être abeille pour aller droit au but et trouver, au terme de toute exploration, l’objet de son désir!

Naviguer au radar de l’instinct, sans autre indice et sans autre gouverne que son appétit… Oui, faire de toute appétence le principe de sa recherche pour se ruer vers cet ailleurs délectable dont on saurait, sans y réfléchir, qu’il serait aussi consommable. Ah quel bonheur! Le bonheur d’être abeille, n’obéissant qu’au seul attrait des fleurs. Encore faudrait-il s’assurer qu’elles ne soient pas toxiques; et comment en juger, sans avoir recours précisément à un certain savoir, enregistré, mémorisé, codifié et qu’on puisse encore solliciter à bon escient! Mais qu’est-ce que tout ça, sinon de la Culture? Nous voilà donc dans l’impasse; à moins qu’on fasse entrer en lice le rêve, cette évasion incontrôlée de la mémoire! Car le rêve a quelque chose de sauvage, il nous aiguille sans discernement et nous engage dans des chemins de traverse pleins d’énigmes dont la résolution a quelque chose d’un butinage, apparemment aberrant et cependant sélectif… En somme prospecter des ressources sauvages reviendrait à ne s’abandonner point tant à sa Culture qu’à sa Nature, celle qu’aucune éducation n’avait encore domestiquée. Il me semble qu’il y a dans l’Art cette virtualité, cette façon inintelligible d’accéder à l’objet de sa quête, et à propos de quoi d’autres pourront épiloguer longtemps! Les shamans ont sans doute cette faculté. J’en ai vu un, venant d’Equateur qui allait droit vers des simples jusqu’alors inconnues de lui, en Europe, pour les froisser, les renifler, et me signifier d’un air entendu qu’il avait fait là une prise d’importance.

Ainsi suis-je persuadé qu’il faut, pour prospecter une Nature sauvage, l’innocence et la foi de ces inspirés qui surent bâtir des cathédrales! Qu’il faut accepter de voir autre chose que ce que l’on regarde, et se laisser aller à cet appétit insensé qui ressemble à l’amour. En somme c’est cela : pour approcher la Nature sans avoir peur de s’en repaître, il faut aimer s’y perdre!

Alors tout devient simple: il y a équivalence entre ce qu’on aime et ce qu’on est; le bonheur de cet échange en devient salutaire: c’est une sauvegarde! L’amour de l’abeille m’aura amené jusque-là, jusqu’à cette façon d’être, sauvage et communicante! Non pas la non-discrimination chère à Fukuoka, mais le choix irraisonné de ce à quoi on était voué, déterminé peut-être par vocation secrète, elle-même induite par ce goût de vivre qui nous maintient debout.

Fascinés par ce qui nous attire, et peut-être nous ressemble, nous allons de feuille en feuille, de fleur en fleur, de bouche en bouche, vers cet ailleurs qui nous attend pour nous alimenter de quelque connaissance. Greffoir en main, je vais, quant à moi, par les garrigues, laissant trace du rêve qui nous a éduqués, cherchant d’arbre en arbre le paradis peut-être: un univers sauvage qui aurait accepté d’être approché sans dommage!

Où suis-je donc, aujourd’hui, sinon sur Terre, au labyrinthe de tous les compromis, pétri de cette rationalité qui nous a si parfaitement asservis, rêvant encore d’espaces quand on m’entoure de murs aveugles?

Maurice Chaudière




dimanche 22 mai 2022

Eveille-toi

 La nature n'est pas seulement la matière. Elle est aussi Esprit.

Carl Jung




Éveille toi
Vous êtes composé de 84 minéraux, 23 éléments et 8 gallons d'eau répartis sur 38 billions de cellules.
Vous avez été construit à partir de rien par les pièces détachées de la Terre que vous avez consommées, selon un ensemble d'instructions cachées dans une double hélice et suffisamment petites pour être portées par un spermatozoïde. Vous êtes des papillons, des plantes, des roches, des ruisseaux, du bois de chauffage, de la fourrure de loup et des dents de requin recyclés, décomposés dans leurs plus petites parties et reconstruits pour devenir le vivant le plus complexe de notre planète.
Vous ne vivez pas sur Terre. Vous êtes la Terre.
- Aubrey Marcus

mardi 29 mars 2022

La légende de la martre

 "Tant qu'il y aura une aurore qui annonce le jour, un oiseau qui se gonfle de chant, une fleur qui embaume l'air, un visage qui nous émeut, une main qui esquisse un geste de tendresse, nous nous attarderons sur cette terre si souvent dévastée."

François Cheng



La légende de la martre

La légende de la Martre est inhabituelle car la plupart des légendes des Anishinabes qui se rapportent à cette constellation en parlent comme d'un grand ours. La martre est un petit animal de la taille d'un renard et parent de la belette.

La Martre était une grande chasseresse. Elle vivait dans le monde de l'hiver avec les humains, les oiseaux et d'autres animaux. L'hiver était souvent si rigoureux qu'ils manquaient de nourriture.

Les Anishinabes, du centre de l'Amérique du Nord, disent que de nombreux animaux mouraient de froid et de faim pendant l'hiver. Un jour, la Martre décida que leur seul espoir était d'aller dans le monde de l'été et d'en rapporter le temps chaud. Mais les villageois et les animaux du monde de l'été ne voulaient pas partager leur bien. La Martre convoqua donc tous les animaux et les oiseaux de l'hiver pour discuter de ce qu'il fallait faire. Le Rat musqué, qui vivait entre les deux saisons, était le seul à savoir que l'été était caché dans une île lointaine. Au centre de cette île, il y avait une cabane, et sur un mur de cette cabane était accroché le sac de l'été. Personne de pouvait s'en approcher car il était jalousement gardé par la Grue et la Grenouille. Même lorsque toutes les créatures de l'été partaient à la chasse, ces deux gardes restaient toujours derrière pour surveiller le sac. Dès que quelque chose s'approchait de l'île, tous les chasseurs sautaient dans leurs canots pour aller voir ce que c'était. Il serait très difficile pour les animaux de l'hiver d'obtenir le sac de l'été.

Un plan fut élaboré, et vint le temps où la Martre et ses amis devaient passer à l'action. Le Hibou vola vers la cabane où la Grue et la Grenouille gardaient leur précieux trésor. Il se posa à terre et regarda à l'intérieur pour voir où le sac était accroché. Ensuite, le Rat musqué fut envoyé pour gruger les pagaies des chasseurs jusqu'au point de rupture. Le meilleur nageur de tous les animaux à longues pattes, le Caribou, commença à nager vers l'île. Dès que les chasseurs l'aperçurent, ils sautèrent dans leurs canots et pagayèrent vers lui. Le Caribou nagea le plus vite possible en s'éloignant de l'île jusqu'à ce que les pagaies se brisent et que les chasseurs soient en rade sur l'eau. Le Caribou revint alors par derrière dans la cabane et prit la Grenouille et la Grue par surprise. Il s'empara rapidement du sac et courut jusqu'à ce qu'il retrouve les animaux de l'hiver. Ils se relayèrent pour porter le sac secret de l'été dans leur monde. Lorsque les animaux de l'été eurent enfin dérivé vers la rive, ils se mirent à suivre la trace des animaux de l'hiver afin de récupérer le sac secret de l'été. Ils finirent par voir la Martre qui portait le sac. La Martre alla vers les arbres pour échapper aux animaux de l'été mais elle ne put pas grimper assez haut pour éviter les flèches des chasseurs, et l'une d'elles finit par l'atteindre.

La flèche emporta la Martre dans le ciel sombre du nord, et avec elle le sac secret de l'été. Depuis lors, les animaux de l'été et ceux de l'hiver se sont entendus pour partager les saisons de manière à ce que chacun ait six mois d'hiver et six mois d'été.

Le Créateur savait que la Martre voulait protéger ses amis contre la famine et la mort. Il empêcha donc la Martre de retomber sur la Terre et la plaça parmi les étoiles. Chaque année, la Martre traverse le ciel. Lorsque la flèche la touche, elle roule sur le dos dans le ciel d'hiver. Lorsque l'hiver est presque terminé, elle se remet sur ses pieds et recommence à donner du temps chaud sur la Terre.

De tels enseignements nous rappellent que la survie et le bien-être harmonieux de toute la création dépend du partage et du respect des Nobles Lois de la Nature.




mercredi 14 juillet 2021

Une bulle de douceur

 

"La nature est un professeur universel et sûr pour celui qui l’observe."

Carlo Goldoni


 Un rayon de soleil entre deux averses... La vie est là, toute impatiente, joyeuse, généreuse.


Les dendrocygnes bicolores blonds explorent les flaques d'eau, on entend les hirondelles et un merle chanter.


Le nymphaea Wow est fier de sa floraison, les gouttes d'eau y ajoutent de la poésie.


Une jeune hirondelle s'est posée sur une arche dans le jardin.


La fleur du nymphaea Fay Mac Donald est comme un cadeau de lumière et de délicatesse au-dessus de l'eau.


Machu & Picchu, les alpagas, veillent sur le pré. Leurs silhouettes se détachent avec grâce dans le contrejour.



Dans la cour, il y a toujours des amateurs de câlins.


Et je me dis que les yeux et le coeur sont là pour embrasser toutes ces merveilles...

samedi 8 mai 2021

Une famille d'arbres

 Les fleurs, les arbres, tout poussait avec force, tout verdissait avec vigueur. Il semblait que tout avait reçu une âme. Tout parlait tout chantait.

Novalis 



UNE FAMILLE D’ARBRES

 

C'est après avoir traversé une plaine brûlée par le soleil que je les rencontre.

 

Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit. Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls.

 

De loin, ils semblent impénétrables. Dès que j'approche, leurs troncs se desserrent. Ils m'accueillent avec prudence. Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je devine qu'ils m'observent et se défient.

 

Ils  vivent en famille, les plus âgés au milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, sans jamais s'écarter.

 

ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu'à la chute en poussière. Ils se flattent de leurs longues branches, pour s'assurer qu'ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s'essouffle à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d'accord.

Jules Renard Histoires naturelles

 


 

dimanche 2 mai 2021

Guérissez-vous

" Voir, c'est communiquer avec l'immense et toucher ce qui est à jamais hors de portée.

C'est mettre au jour la voie d'un monde enchanté."

Hajjar Gibran

 


"Guérissez-vous avec la lumière du soleil et les rayons de la lune. Avec le bruit de la rivière et de la cascade. Avec le balancement de la mer et le flottement des oiseaux. Soignez-vous avec de la menthe, du neem et de l'eucalyptus. Sucrez avec de la lavande, du romarin et de la camomille. Embrassez-vous avec la fève de cacao et un soupçon de cannelle. Mettez de l'amour dans le thé au lieu du sucre et buvez-le en regardant les étoiles. Guérissez-vous avec les baisers que le vent vous donne et les câlins de la pluie. Tenez-vous debout avec vos pieds nus sur le sol et avec tout ce qui en découle. Soyez plus intelligent chaque jour en écoutant votre intuition, en regardant le monde avec votre front. Sautez, dansez, chantez, pour que vous viviez plus heureux. Guérissez-vous, avec un bel amour, et souvenez-vous toujours que vous êtes le médicament."

Maria Sabina

 


 María Sabina García (1888 - 23 novembre 1985) est une guérisseuse mazatèque originaire du sud du Mexique.

mercredi 28 avril 2021

Le petit garçon et les étoiles de mer

 « Si votre compassion n’inclut pas tous les êtres vivants, alors il vous sera impossible de trouver la paix en vous-même. » Albert Schweitzer

 


 

Pendant mes dernières vacances, au bord de la mer, un matin en arrivant sur la plage, j'ai découvert des milliers d'étoiles de mer qui s'étaient échouées dans la nuit. J'étais complètement estomaqué par ce spectacle quand je vois un petit garçon au bord de la mer qui prend une étoile de mer entre ses deux doigts et la rejette à la mer. Pendant que je m'approche, il continue sa tâche en essayant de lancer les étoiles de mer le plus loin possible dans la mer. Arrivé près de lui, je le félicite pour ce qu'il a entrepris mais je lui fais remarquer que c'est une tâche impossible :
- Même si tu continues tout le temps à les rejeter, une par une, à la mer, compte tenu des milliers et des milliers d'étoiles de mer qui se sont échouées, à la fin de la journée, on ne verra pas beaucoup la différence sur la plage.

A ce moment là, le jeune garçon, qui venait de prendre délicatement une étoile de mer s'est redressé, il m'a regardé droit dans les yeux et avec un grand sourire, il m'a dit :
- D'accord, peut-être que ça ne changera pas beaucoup de choses sur la plage, mais, pour cette étoile de mer-là, ça fait une sacrée différence.

Anonyme

 


 

dimanche 4 avril 2021

Le monde est empli de visions qui attendent les yeux

 Si vous aimez vraiment la nature, vous trouverez la beauté partout. Vincent Van Gogh

 


 

Les présences sont là, mais ce qui manque ce sont nos yeux. Qui la voit cette petite fougère prise dans une branche épineuse ? Le vent la connaît, le vent lui parle.

Je ne pense pas que la nature connaisse la solitude terrible dans laquelle nous pouvons nous trouver. Je suis parfois soufflé par la conversation incessante du pré qui fait face à la fenêtre devant laquelle j’écris. Je regarde, je n’entends rien, la fenêtre est fermée, et quand bien même serait-elle ouverte, aucune rumeur ne me parviendrait, mais je vois très bien l’agitation des brins. Ils sont comme huilés par la lumière. Si j’avais le talent de regarder à fond — un talent qui me manque trop souvent —, je verrais, parce que je le sens, que chaque brin est différent du brin voisin. Ils sont sans arrêt pris dans un événement. Dans l’événement de la brise, de la pluie, dans l’événement des lumières qui vont, qui viennent, qui s’affairent on ne sait trop à quoi, du jour qui s’en va, du froid qui remonte de la terre. Est-ce qu’il y aura encore un autre jour ? Le pré est rempli de mille questions qui sont sans impatience d’une réponse. Quand j’écris avec la vision de ce pré, je suis devant le plus grand concurrent qui soit. Je suis devant un maître écrivain, un des plus grands poètes, qui n’a pas de nom, pas de visage, mais qui travaille jour et nuit.

Il est possible que, par l’attention aux choses menues, très simples, très pauvres, je trouve peut-être ma place dans ce monde. Il y a quelque chose de la suave tyrannie des techniques qui commence à être défaite dans un instant de contemplation pure qui ne demande rien, qui ne cherche rien, même pas une page d’écriture. La plupart du temps, je regarde, je ne note pas, je n’écris pas. La contemplation est ce qui menace le plus, et de manière très drôle, la technique hyperpuissante. Et pour une raison très simple, c’est que les techniques nous facilitent la vie apparemment. Mais c’est un dogme d’aujourd’hui qu’on ait la vie facilitée. Qui a dit que la vie devait être facile et pratique ?

Christian Bobin

 


 

jeudi 18 février 2021

Regarde les arbres comme ils travaillent

Elle vit! Elle vit en chaque arbre, en chaque plante...elle est l'âme de la forêt...elle est la vie! Les courants, les cascades, c'est son cœur qui bat, son sang qui coule... 

Jean-Claude Servais


« Regarde, regarde les arbres comme ils travaillent.

– Qu’est ce qu’ils font grand-père ?
– Ils rattachent la terre au ciel. Et cela, c’est très difficile. Vois-tu, le ciel est si léger qu’il est toujours sur le point de prendre la fuite. S’il n’y avait pas d’arbre, il nous dirait adieu le ciel. Alors, il ne nous resterait plus qu’à mourir. Mais, heureusement, il y a les arbres…
Regarde ce tronc rugueux, tu vois. C’est comme une grosse corde. Il y a même des nœuds dedans. Mais à chaque bout, les fils de la corde se desserrent et s’élargissent pour s’accrocher au ciel et à la terre. On les appelle des branches en haut et des racines en bas. Mais c’est la même chose. Les racines cherchent leur chemin dans le sol de la même manière que les branches cherchent leur chemin dans le ciel.

– Mais grand-père, c’est plus difficile d’entrer dans le sol que dans le ciel !
– Hé non mon fils. Si c’était vrai, les branches seraient droites. Et vois comme elles sont tordues sur le vieux pommier ! Elles doivent aussi chercher leur chemin. Elles poussent. Elles changent de direction. Elles ont parfois bien plus de mal que les racines.

– Et qu’est-ce qui leur donne tout ce mal, grand-père ?
– C’est le vent. Le vent voudrait séparer le ciel et la terre.
Les arbres tiennent bon. Mais c’est une sacrée bataille, mon fils. »

Et nous, grand-père, que devons-nous faire ?
Avoir confiance, mon fils. Avoir confiance dans les arbres contre le vent »

Pierre-Jakez Helias

 


 

mardi 16 février 2021

Le même fleuve de vie

 

La grâce de la nature est dans le mouvement d'un bras; l'harmonie du monde est dans l'expression d'un regard. C'est pour l'amour que la lumière du matin vient éveiller les êtres et colorer les deux; pour lui les feux de midi font fermenter la terre humide sous la mousse des forêts; c'est à lui que le soir destine l'aimable mélancolie de ses lueurs mystérieuses.

Etienne Pivert de Senancour

 


 Le même fleuve de vie


Je sens que toutes les étoiles
Palpitent en moi
Le monde jaillit dans ma vie
Comme une eau courante
Les fleurs s’épanouiront
Dans mon être
Tout le printemps
Des paysages et des rivières
Monte comme un encens
Dans mon cœur
Et le souffle de toutes choses
Chante en mes pensées
Comme une flûte

La joie est accourue de tous le coins du monde pour former mon corps.
La lumière des cieux l’ont embrassé encore, jusqu’à l’éveiller à la vie.
Les fleurs des étés trop rapides ont palpité dans son sein, et les voix de l’eau et des vents chantent dans ses mouvements.
Les couleurs ardentes des nuages et des forêts ont afflué dans ma vie et toutes les harmonies des choses ont caressé ses membres pour leur donner une forme de beauté. Elle est mon épouse, elle a allumé sa lampe dans ma maison

Le même fleuve de vie
Qui court à travers mes veines nuit et jour
Court à travers le monde
Et danse en pulsations rythmées

C’est cette même vie
Qui pousse à travers la poudre de la terre
Sa joie en innombrables brins d’herbe
Et éclate en fougueuses vagues de feuilles

Et de fleurs

C’est cette même vie
Que balancent flux et reflux dans l’océan
Berceau de la naissance et de la mort.
Je sens mes membres
Glorifiés au toucher de cette vie universelle
Et je m’enorgueillis
Car le grand battement de la vie des âges
C’est dans mon sang qu’il danse en ce moment

 

L’Offrande lyrique – Tagore
Première parution en 1963
Trad. de l’anglais (Inde) par Hélène Du Pasquier et André Gide.

 


 

vendredi 22 janvier 2021

Arbre

Cherche un arbre et laisse lui t'apprendre le calme. Eckhart Tolle



Arbre

Tu es l'homme des grandes hauteurs
Des vallées femmes au seuil des fougères
Tu dis l'écorce des racines guérisseuses
Tu donnes la vie en offrant ta sève brute

Tu sers les marcheurs qui n'ont plus de repère
Tu nourris les oiseaux qui cherchent encore le Nord
Tu vas jusqu'aux eaux troubles des langues oubliées
Tu donnes, tu façonnes et tu fondes

Tu glisses au cœur des heures qui n'ont plus de ciment
Tu creuses la courbe humble des chambranles à venir
Tu attends en vieux sage d'abriter un ancêtre
Tu donnes le murmure des pas dans la forêt

Tu envahis les flèches porteuses de force vive
Tu polis l'amertume des échecs des guerriers
Tu cadences les offrandes sur un bois de santal
Tu lies les mots aux chants scandés des talons fiers

Tu dis quand il fait froid sur les cimes des âmes
Si les hommes s'entrechoquent en aiguisant leurs lames
Si les femmes mettent au monde un essaim de détresse
Si les creeks asséchées sentent l'odeur de mort

       Quand tombe la nuit et pointe l'aube
       Tu attends silencieux
       Tu ne dis rien
       Tu es celui qui sait tendre l'oreille
       Tu ne veux rien
        Puisque tu n'es que don

 

     Imasango 




samedi 19 décembre 2020

Le jardinier

 

Le bout du monde et le fond du jardin
contiennent la même quantité de merveilles.

 Christian Bobin

 


Le jardinier


C’est un homme simple. Pour rentrer dans son jardin, il met un vieux pantalon de toile, une chemise qui ne craint rien. Ses mains sont sèches et carrées. Son visage hâlé, ses cheveux libres. L’été il porte un chapeau. L’hiver sa chemise est en laine. Il avance d’un pas tranquille. Il n’est pas pressé.


Il a tout son temps. Il regarde, il ressent. Il le parcours des yeux et le perçoit dans son ensemble. Dehors et dedans. Il l’accueille, il le prend dans son regard. C’est une vision totale qui l’atteint dans son cœur, comme un choc.


A chaque fois, son cœur tressaille pour son jardin et il le remercie et rend grâce à Dieu de lui donner une telle joie. Joie de le contempler et de faire partie de lui.


Comme il s’avance dans le jardin, il comprend que chaque plante, chaque morceau de terre est vivant et chacun se relie aux autres par des fils invisibles, semblables aux fils de lumière que font les araignées sous les rayons du soir, dans l’herbe après la pluie.


Il capte des vibrations toutes différentes selon la nature interne de chaque chose, qui entre elles, chantent ensemble. Un bruissement organisé et balancé par le vent ondule dans l’air, en volutes. Tout est sexuel, sexué et même désirant. Dans l’air flottent les messages olfactifs de chaque parcelle de vie. Tout palpite, vibre, se déplie, se déploie et pousse, creuse ou s’élance, lutte inexorablement dans un même et bel élan. Tout se mélange, se divise, se transforme.


Il voit alors les bienfaits des rayons du soleil sur la chlorophylle, de l’eau abreuvant les racines, aspirée par les cellules. Il y a une connivence, une harmonie entre chacune de ces cellules. Et regardant ce spectacle, il sait à cet instant précis qu’il est solidaire de chaque être vivant.


Lorsqu’il s’approche encore il découvre qu’aucun des insectes, parasites, vers, oiseaux et rongeurs, aucune plante n'est placée là par hasard. Il comprend que personne ne prend la place de personne car TOUT est à sa place, utile à la manifestation même de la vie et à la gloire de son Créateur.


L’intelligence ainsi manifestée, jubile, exulte et libère une énergie fabuleuse. Une joie. Et aussi un ordre. Mais un ordre sans hiérarchie véritable, un ordre qui nous lie les uns aux autres par un destin commun : celui de servir. Sans aucune autre destination que celle de servir la beauté et la bonté du monde.


Rose Fourcaut - Paris, 1995

 


 

lundi 24 août 2020

Message d'Arvol Looking Horse

Chef indien des nations Dakota, Lakota et Nakota Appel en faveur de la Paix et du Sauvetage de la planète. Cet appel fut transmis le 15 septembre 2001, 4 jours après l'attaque du World's Trade Center. 

Adaptation française : Olivier de Rouvroy

"Moi, Arvol Looking Horse, Chef des Nations Lakota, Dakota et Nakota, je vous demande d'écouter le point de vue d'un Indien, suite à ce qui vient de se passer en Amérique, à Manhattan, que notre peuple appelle "l'île de la Tortue". Au cours des six dernières années, mon travail s'est concentré sur l'unification de la communauté mondiale. Un message reçu durant l'une de nos cérémonies sacrées, m'amène à vous demander d'établir une Journée mondiale de Paix et de Prière le 21 juin, pour unir spirituellement nos propres manières de croire en notre Créateur.

 Nous avions été avertis de ce qui vient de se passer par les messages qui nous ont été transmis depuis les Anciennes Prophéties jusqu'à nos jours. Un nouveau message vient de nous être donné, pour que nous puissions apporter un espoir et une lumière en ces temps épouvantables. Comprendre la profondeur de ce message implique la reconnaissance de l'importance des sites sacrés. Il est indispensable que vous réalisiez comment fonctionne le lien entre ce qui se passe aujourd'hui et les massacres qui se produisent continuellement sur nos Amériques comme sur les autres terres. 

 J'ai pris conscience de l'importance des sites sacrés à l'âge de 12 ans, lorsque Bison Blanc m'a remis son calumet et transmis ses enseignements. Notre peuple s'efforce de protéger les sites sacrés depuis l'origine des temps. Il est nécessaire de bien comprendre leur utilité; cela va bien au-delà d'une question de monuments construits par des hommes. Notre peuple a construit jadis des objets et des sanctuaires pour identifier les sites sacrés et se lier à leurs pouvoirs. Nous savons depuis bien longtemps que ce qui est important se trouve à l'intérieur des sites, dessous. Ces endroits sacrés ont été profanés au cours des siècles, puis détruits pendant les décennies passées, ce qui nous a amenés aujourd'hui à cette situation catastrophique. Regardez autour de vous! Notre Mère la Terre est vraiment malade de ces viols répétés, et nous sommes sur le point de détruire les conditions de survie de nos enfants et des futurs enfants de nos enfants.

 Nous avons notre propre sanctuaire dans les collines sacrées du Sud Dakota. Son nom est "Cœur de tout ce qui est". Nos ancêtres ont essayé de le protéger comme ils ont pu de ces viols continuels. Il leur était impossible de voir ce site depuis un satellite dans le ciel, mais maintenant que la technologie moderne permet d'obtenir des images, nous voyons qu'il a la forme d'un cœur, et lorsque les images sont rapidement transmises, il ressemble à un cœur qui bat. De même, les Dineh ont toujours essayé de protéger Big Mountain, l'appelant "le Foie", et nous souffrons des extractions de charbon qui épuisent ce site et des procédés toxiques utilisés pour s'approprier son énergie. Les Aborigènes, eux aussi, ont prévenu de l'effet désastreux du réchauffement climatique sur Corral Reefs, qu'ils considèrent comme l'épurateur du sang de la Terre. Or, on est en train d'empoisonner ce sang. Quant aux Indiens d'Amazonie, ils nous expliquent depuis toujours que leur forêt est le poumon de la planète et qu'elle a besoin d'une protection. Mais nous voyons le gouvernement brésilien continuer à approuver la destruction massive de cette forêt. Le peuple Gwich'in, lui, avait baptisé les plaines côtières de l'Arctic National Wild Life Refuge : "Là où commence la Vie" ; or les Gwich'in subissent les effets dévastateurs d'un forage pétrolier au beau milieu de ce sanctuaire. Ces plaines côtières sont le lieu d'où proviennent de nombreuses nations animales. Et le sort des Gwich'in est lié à celui de ces nations animales. 

 Comme ces destructions se poursuivent à travers le monde entier, et que l'humanité s'avère incapable de comprendre la nécessité de l'équilibre de la vie, nous allons inévitablement subir un grand choc en retour. Les Messagers de nos peuples préviennent que ces destructions causeront un désastre mondial. Nos peuples connaissent l'importance des sites sacrés pour notre Mère la Terre. Ce sont ses chakras. Ils savent que leur préservation est indispensable à la survie des générations futures. C'est la subsistance même de nos peuples qui est en train d'être détruite. Jusqu'à ce que nous acceptions de nous tourner vers d'autres formes d'énergie sans danger pour les nations qui vivent sur la Terre, les malheurs continueront à nous accabler.

 Nos ancêtres avaient prédit qu'un jour, l'eau serait à vendre. À l'époque, cela était difficile à croire, car l'eau était encore abondante, pure, pleine d'énergie, de vitalité et d'esprit. Aujourd'hui, nous devons acheter l'eau, une eau dont tous les nutriments les plus précieux ont été enlevés. C'est une eau vide ! Un jour, l'eau deviendra comme l'or, trop chère pour nous l'offrir. Il deviendra impossible de trouver une eau saine. Attaquer les nations, utiliser leurs ressources et mettre en œuvre cette destruction au nom de la paix n'est pas la bonne réponse ! Cette réponse a été donnée, comme une suite logique au programme de colonisation de nos terres, de notre eau et de notre nourriture. Les conséquences de ce programme affectent maintenant la façon de penser de l'ensemble de l'humanité. 

Une "maladie de l'esprit" s'est peu à peu mise en place ; elle touche la plupart des leaders mondiaux et de nombreux membres de notre communauté mondiale, et leur fait penser qu'une solution de représailles et la destruction de certains peuples ramènera la paix sur la Terre. Dans nos Prophéties, il est dit que nous sommes maintenant à la croisée des chemins : soit nous nous unissons d'une manière spirituelle en tant que Peuple de la Terre, soit nous ferons face au chaos, aux désastres, aux maladies et nous verrons des larmes couler dans les yeux de nos enfants.

 Il est triste de constater qu'il aura fallu attendre un désastre comme celui que nous venons de subir pour nous unir spirituellement, mais nous ne devrions pas entacher cette unité de colère ni de soif de représailles. Nous sommes la seule espèce habitant cette planète qui continue à détruire sa propre source de subsistance. Par soif de pouvoir et de domination, nous sommes prêts à utiliser les armes les plus abominables et à déclencher de nouvelles guerres, mais les dommages provoqués par cette attitude sont devenus irréversibles, au point que notre Mère, la Terre, est tellement fatiguée qu'elle ne pourra plus supporter d'autres impacts de guerre. Je vous demande de vous joindre à notre effort. Notre objectif est que les peuples de tous les continents - peu importe leurs croyances - se réunissent sur leurs sites sacrés en ce moment béni qu'est le solstice d'été, le 21 juin, pour prier, méditer et communier les uns avec les autres, afin de favoriser une levée d'énergie pour soigner notre Mère, la Terre, et atteindre une conscience universelle, car ce n'est qu'ainsi que la Paix peut revenir. Chaque jour qui passe nous amène inexorablement au grand Jour de la Réconciliation. 

Je demande à tous les peuples de la Terre de commencer un effort, et je demande que chacun d'entre nous fasse un effort quotidien, pour se réveiller dans la gratitude du nouveau jour qui nous est accordé et remercier pour la nourriture sacrée que notre Mère, la Terre, continue à nous offrir, au prix d'un terrible sacrifice, afin que l'énergie de guérison puisse être guidée et toucher nos âmes et nos esprits. Le nouveau millénaire qui vient de commencer amènera soit une Ère d'harmonie soit la fin de la vie telle que nous la connaissons aujourd'hui. Famines, guerres et déchets toxiques ont été le lot du progrès et du développement qui ont accompagné le dernier millénaire. En tant que gardiens de la Terre Mère, il nous incombe maintenant la responsabilité de renverser cet ordre de destruction. Nous en sommes arrivés au point de l'extrême urgence. La destinée des futures générations est entre nos mains.

 Nous restons libres de choisir l'une des deux voies qui se présentent devant nous : la voie positive ou la voie négative, la voie spirituelle ou la voie matérialiste. C'est notre propre choix, à nous tous et à chacun d'entre nous. Vous êtes celui qui doit choisir. Vous seul, et seulement vous, êtes en mesure de faire ce choix. Le choix que vous ferez sera celui de marcher avec honneur ou de déshonorer vos ancêtres. Vous ne pouvez plus échapper aux conséquences de votre propre décision. De votre décision dépend le destin du monde entier. Vous devez choisir. Vous ne pouvez l'éviter. Chacun d'entre nous a été placé ici et maintenant pour décider personnellement de l'avenir de l'humanité. Pensez-vous que le Créateur ait pu créer des personnes superflues dans une période où existe un danger aussi terrible ? Sachez que vous-même êtes essentiel à ce monde. Vous devez le croire ! Comprenez la bénédiction en même temps que le poids que cela implique. Vous êtes vous-même désespérément nécessaire pour sauver l'âme de ce monde. Pensez-vous être ici pour une autre raison ? Dans le cercle sacré de la vie, il n'y a ni commencement ni fin, et nous y sommes tous reliés ! " 

 Chef Arvol-Cheval-qui-observe 19ème Génération des Gardiens du Calumet du Petit Bison Blanc