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lundi 24 octobre 2022

Vous êtes la terre

 La terre est notre mère: elle enfante nos corps, et le ciel y joint l'âme.

Marcus Pacuvius





Vous êtes composé de 84 minéraux, 23 éléments et 8 gallons d'eau répartis sur 38 billions de cellules.
Vous avez été construit à partir de rien par les pièces détachées de la Terre que vous avez consommées, selon un ensemble d'instructions cachées dans une double hélice et suffisamment petites pour être portées par un spermatozoïde.
Vous êtes des papillons, des plantes, des roches, des ruisseaux, du bois de chauffage, de la fourrure de loup et des dents de requin recyclés, décomposés dans leurs plus petites parties et reconstruits pour devenir le vivant le plus complexe de notre planète.
Vous ne vivez pas sur Terre,
Vous êtes la Terre.

Aubrey Marcus





mercredi 19 octobre 2022

Pourquoi tant de chagrin

 Aimer, c'est trouver, grâce à un autre, sa vérité et aider cet autre à trouver la sienne. C'est créer une complicité passionnée.

Jacques de Bourbon Busset




."Mais, pourquoi tant de chagrin, Madame !?
ce n'est qu'un chat"
.."C'est parce que vous ne savez pas, Monsieur. Vous ne savez pas la place que ça prend, un chat, dans une vie. Ces yeux d'or qui vous dédient un regard d'éternité, cette patte douce qui se pose sur votre main, ces mouvements qui sont la beauté et la grâce et dont chacun exprime une sensation, un sentiment, et cette tête ronde et dure qui se colle à votre tempe pour vous dire "Je t'aime aussi"...
Tout cela, Monsieur, vous ne le savez pas, et quelque chose vous manque.
Mais je ne sais pas si je dois vous plaindre ou vous envier... Parce que vous ne tremblez pas chaque fois qu'il tousse, ou éternue, ou n'a pas faim ; chaque fois qu'il s'est battu et qu'on le cherche, dans le poil, la trace des morsures et des griffes ; chaque fois qu'il rentre tard et que l'on ne sait pas si, dans la rue, un imbécile, qui roulait trop vire, ne l'a pas projeté contre un mur, désarticulé, brisé...
Mais vous ne connaitre jamais nom plus, c'est vrai, le bonheur d'un amour gratuit partagé. Parce que les chats, Monsieur, c'est tout le contraire de ce que certains racontent : c'est tendre, c'est bon, c'est fidèle, c'est lucide, c'est intelligent, c'est doux et ça vous dit des choses... Tant de choses !...
Dors, ma petite Moune, dors... Tu sautais moins bien, ces jours-ci... J'ai dit à ta maman : "Il saute moins bien... Il vieillit, peut-être ?... Il a hésité dix fois avant de bondir sur le rebord de la fenêtre..."
Je ne veux pas y penser. Il sera bien temps... Ce qui doit arriver un jour, c'est vrai pour tout le monde. Mais ça ne console pas de le savoir...
Alors j'aurai voulu la prendre dans mes bras, cette femme que je connaissais à peine, et qui pleurait, et j'aurai voulu lui dire :
"Je vous comprends... Pleurez tant que vous voudrez, pleurez sans vous souciez des autres. Eux ne savent pas et moi si".
Philippe Ragueneau (Le chat Moune)

samedi 24 septembre 2022

Au jardin d'eau

Le jardin est une chanson d'amour, un duo entre un être humain et la nature.

Jeff Cox




La sécheresse a été très forte ce printemps et cet été.
Les plantes ont tenu vaillamment le coup, même si certaines ont perdu leurs feuilles prématurément.
Au jardin d'eau, la chaleur a donné un sentiment de tropiques...
Voici quelques souvenirs de cet été...



Nymphaea Black Princess et ses grenouilles



Nymphaea sunfire avec aussi sa grenouille



Nymphaea Fay Mac Donald



Ciel de fin d'été



Un bourdon sur une verveine de Buenos Aires



Les jeunes cygnes en sauvetage Gomukh et Apsara, parmi des canards



Un agrion mignon mâle sur une feuille de lotus



Mizuki toute gracieuse


Hibiscus moschetto au bord de l'eau



Intérieur d'une fleur d'hibiscus moschetto



Une fleur de flamboyant du Chili




mercredi 21 septembre 2022

J'ai mordu mon maître

 Aux qualités qu'on exige d'un chien, connaissez-vous beaucoup de maîtres qui soient dignes d'être adoptés?"

Pierre Augustin Caron de Beaumarchais





J'ai mordu mon maître


J’ai mordu mon petit maître. Je ne le voulais pas. On s’amusait beaucoup, ensemble. Il me lançait mon ballon et tirait sur la corde avec moi. Parfois, dans l’excitation du jeu, je lui pinçais les doigts en assurant ma prise sur la corde. Mais je relâchais toujours dès que je sentais sa peau tendre sous mes crocs. Il criait parfois, mais il ne m’en voulait pas, et on reprenait notre jeu.
Le soir, nous nous roulions tous les deux sur le sol, devant cette boîte à images qui amuse tant les humains. Grand maître nous grondait parfois parce que nous faisions trop de bruit. Petit maître montait sur mon dos, et je grognais parce que je n’aimais pas trop cela. Mais je me faisais disputer et je cessais aussitôt. J’oubliais rapidement, et reprenais mes jeux avec mon petit humain.
Quand venait le moment des repas, Grand maître montrait souvent à son petit comment reprendre ma gamelle encore pleine, pour me la redonner aussitôt. Que cela m’agaçait ! Mais je ne disais rien, car les humains ont souvent des lubies qui nous échappent, à nous les chiens. Souvent aussi, Grand maître et son petit me caressaient pendant mon repas. Quelle drôle d’idée ! Je préférais les rares fois où ils me laissaient tranquillement me remplir l’estomac.
Le soir, j’étais souvent fatigué avant Petit maître. J’allais me coucher dans mon panier, et la plupart du temps, il me laissait tranquille. Mais il arrivait qu’il ait encore envie de jouer. Je voulais le prévenir de me laisser en paix, mais je n’avais pas le droit de grogner. Je bâillais, je me figeais, j’évitais son regard, je lui léchais les mains, j’avais parfois envie de le pincer mais je me retenais, parce que je l’aimais.
Mais un soir, je l’ai mordu. Nous avions beaucoup joué, il y avait du monde à la maison, des adultes et des petits, qui parlaient et riaient fort. J’étais épuisé de cette journée bien remplie. J’étais allé me pelotonner dans mon panier, mais je n’arrivais pas à m’endormir avec tout ce bruit. Les petits humains passaient à côté de moi et me caressaient. Ce n’était pas le moment pour des câlins ! J’avais fini par m’assoupir et j’avais l’esprit embrumé, quand un visage s’est penché au-dessus de moi. J’ai relevé la tête brusquement et je l’ai attrapé. Je n’ai pas planté mes dents très fort, mais le sang s’est mis à couler. C’était Petit maître.
Depuis l’incident, Grand maître semble avoir perdu toute confiance en moi. Il m’a disputé comme jamais il ne l’avait fait. Pourtant, aujourd’hui, sa main est posée sur moi pendant que l’humain en blanc me manipule. Il essaie de me parler mais les mots s’étranglent dans sa gorge. Petit maître ne nous a pas accompagnés. Les larmes coulaient sur ses joues quand nous sommes montés dans la voiture. Sans comprendre, je l’ai regardé depuis la vitre arrière du véhicule, alors que nous nous éloignions dans l’allée. Dans un coin du jardin, gisaient la corde et le ballon.
Je suis parti doucement, sous la main de mon humain. Là où je me trouve, il y a des ballons et des cordes partout. Il y a plein de choses à manger et des odeurs alléchantes dans lesquelles se rouler. On peut aussi creuser dans les nuages autant qu’on en rêve. Parfois, je creuse tant et tant, que j’arrive à voir Petit maître ici bas. Un nouveau meilleur ami est entré dans sa vie. Mais cette fois, Grand maître veille à ce que son petit ne monte pas sur son dos, ni qu’il l’ennuie quand il dort. Il le nourrit seul, surveille leurs amusements et éloigne l’enfant quand le chien grogne.
Le ballon et la corde dansent à nouveau au rythme de leurs jeux. Petit maître a retrouvé le sourire. Chien et enfant, unis par une amitié ancestrale. Apaisé, je m’en retourne à mon panier de nuages, et me roule en boule le nez sous la queue. Je m’endors pour une longue sieste dans le calme de l’éternité, bercé par les lointains éclats de rire de ce petit maître que j’ai tant aimé.

Elsa Weiss / Cynopolis